Une image du court métrage <em>Thanadoula</em>
Une image du court métrage <em>Thanadoula</em>

Un rarissime court métrage d'animation documentaire au Festival international d’animation d’Ottawa

Yves Bergeras
Le Droit
Ce 23 septembre, le Festival international d’animation d’Ottawa (OIAF) entame sa 44e édition, qui se prolongera non plus seulement sur un week-end, mais sur 12 jours, jusqu’au 4 octobre.

Cette année, le mot «international» prend une double signification, puisqu’il s’agit, COVID oblige, d’une édition dématérialisée. Les films sont donc accessibles en ligne, partout sur la planète, via toutes sortes de laissez-passer virtuels* .

La compétition officielle permettra de découvrir six longs métrages ainsi que 92 courts métrages d’animation.

Plusieurs autres compétitions se dérouleront sur Internet en alternance, à travers huit séries consacrées aux courts, deux autres destinées au jeune public, et encore d’autres célébrant le travail d’étudiants en animation, la réalité virtuelle, etc.

Le directeur artistique du festival, Chris Robinson, bavardera en direct avec les cinéastes participant à la compétition officielle, à l’occasion de la série Meet the Filmmakers, elle aussi disponible en VOD (vidéo sur demande).

Les studios Pixar en profiteront pour lancer un nouveau court métrage en grande primeur. Daniel Chong, créateur de We Bare Bears – le film pour Cartoon Network viendra lever un voile sur les coulisses de sa création.

Une équipe de Netflix Animation invite le public à lui poser toutes les questions qui lui passe par la tête, dans le cadre d’une série de 4 rencontres favorisant l’interactivité. 

Cette année, des rétrospectives sont consacrées à Elbert Tuganov, Emily Pelstring, Terril Calder et aux œuvres de Mikrofilm.

Le poster officiel de la 44e édition de l'OIAF.

Office national du film

Les œuvres francophones ne sont pas légion, mais l’Office national du film (ONF) propose de son côté six courts métrages et trois projets en réalité virtuelle, produits ou coproduits sous son égide. 

Parmi ces films, deux sont présentés en première mondiale à l’OIAF: Thanadoula de Robin McKenna, et CACHÉ de Daniel Gray.

La documentariste Robin McKenna, signe avec Thanadoula un rarissime exemple de court-métrage documentaire d’animation.

Son film évoque comment une femme prénommée Natalie, après que sa sœur aînée soit décédée seule et loin des siens, fait le choix de devenir doula, c’est-à-dire d’accompagner les personnes en fin de vie. 

Réalisatrice montréalaise aujourd’hui basée à Toronto, Robin McKenna s’est fait remarquer en 2018 pour le film Art = Vie, centré sur Geneviève Bujold (et produit par l’ONF) et en 2019 pour le long métrage documentaire Le Don, inspiré du livre éponyme de Lewis Hyde. 

Thanadoula est son tout premier film documentaire de fiction. L’animation est un médium qui nécessite beaucoup de temps, rappelle sa cinéaste: «Ça m’a pris cinq ans à faire, ces six minutes là», souligne-t-elle. 

Le court métrage a été réalisé en rotoscopie, procédé par lequel les images vidéo sont remplacées une par une par autant d’illustrations, de façon à reproduire la fluidité des mouvements. 

Mais malgré sa saveur documentaire, Thanadoula, qui se laisse porter par l’émotion d’images oniriques, cherche moins à montrer la réalité qu’à partager la sensation qu’a Natalie d’être connectée au monde des morts – et donc à sa sœur – lorsqu’elle aide les gens à ‘partir’.

Une image du court métrage <em>Thanadoula</em>

Un poème documentaire

Le passé et le présent s’y fondent ou s’y superposent, transportant le spectateur «quelque part entre l’univers des esprits et le monde matériel», alors que le film explore «notre rapport complexe à la mort et le processus de lâcher-prise dont il s’accompagne», écrit l’ONF dans sa présentation.

« Le film raconte les moments essentiels. On est dans la suggestion, plutôt que de chercher à tout raconter... On est dans une forme de réalisme magique», laisse planer Robin McKenna, qui voit son film «comme une sorte de poème documentaire».

À partir d’une plume – un tatouage que Natalie porte au bras – Robin McKenna a recomposé un corbeau dont les vertus symboliques – l’oiseau médiateur entre la vie et la mort – plane sur le film. 

Loin de l’image du trickster que je connaissais, «le corbeau est souvent perçu comme un messager entre le monde des esprits et le monde réel et cela a capté mon imaginaire, dès que j’ai vu la connection qu’elle [Natalie] ressentait avec sa sœur, en faisant ce travail». Une sœur elle-même «à la croisée des mondes», qui a terminé son passage ici-bas dans une aile psychiatrique, mentionne la survivante.. 

«Il y avait une histoire humaine très touchante et, en même temps, un imaginaire magique, retrace Mme McKenna Et le défi, c’était de réconcilier les deux.»  

«Avec l’animation, on peut suggérer l’univers invisible – ce qu’on peut difficilement faire dans un documentaire conventionnel», propose la réalisatrice, qui fit ses premières armes à La course destination monde en 97-87 (l’année remportée par Robin Aubert).

La documentariste Robin McKenna

* Les laissez-passer pour l’OIAF sont disponibles ici

À titre d’exemple, un laissez-passer pour 3 jours (vendu à $40) donne accès à tous le contenu offert, films en visionnement, tables rondes et Foire (Animation Exposé Fair).