L’auteur d’Ottawa Roger Bouchard
L’auteur d’Ottawa Roger Bouchard

«Roman sagesse»: de l’apiculture à la méditation

Yves Bergeras
Le Droit
L’auteur d’Ottawa Roger Bouchard signe avec La rencontre du maître ce qu’il appelle un «roman-sagesse» – en clin d’oeil à l’expression «roman jeunesse», explique-t-il. C’est-à dire un récit  où l’intention –  ici, l’éveil de la conscience du lecteur – importe davantage que le style littéraire.

Il s’agit de son huitième livre, mais de son deuxième roman. Sa première oeuvre de fiction, Moksha - La libération (2018), n’a toutefois été publiée qu’en Europe.

La rencontre du maître s’intéresse à un jeune homme qui fera la découverte, puis l’apprentissage, de la méditation. Il s’inscrit ainsi dans la veine de L’Alchimiste de Paulo Coelho et autres Voix du guerrier pacifique ou Prophétie des Andes, deux bibles en matière d’«ouverture de conscience», respectivement signées par Dan Millman et James Redfield – deux auteurs que l’Ottavien n’a pas lus, confessera-t-il en entrevue.

Roger Bouchard s’y met en scène dans la peau d’un jeune jardinier fraîchement débarqué en Virginie pour donner un coup de pouce à la propriétaire d’un vaste manoir bordé d’un verger paradisiaque. C’est là qu’il fera la rencontre d’un vieil apiculteur qui l’aiguillera sur le chemin de la sagesse.

Retraité de la fonction publique fédérale, Roger Bouchard est un fervent adepte de la méditation, activité qu’il dit pratiquer plusieurs fois par jour, dans une quête de profondeur, voire d’«illumination» et de «reconnection» – non pas avec son nombril mais avec l’ensemble de la planète. 

Au milieu des années 70, l’auteur a d’ailleurs passé «plusieurs années» au côté de Maharishi Mahresh Yogi, maître spirituel indien qui fut à l’origine du rayonnement de la méditation transcendantale. Au sein de groupes de centaines de disciples, il cherchait à magnifier «la radiance du silence intérieur», leurs méditations collectives étant censées provoquer des effets positifs sur la collectivité. 

Aujourd’hui plus pragmatique, la pratique méditative «fait diminuer le stress et la fatigue», dit-il. Nul doute qu’elle lui permet d’affronter plus sereinement cette période de confinement potentiellement anxiogène.  

Quête de sens

L’apiculteur de son roman, qui est appelé à enseigner les rudiments de son travail au jeune homme, va rapidement s’attacher à ce nouvel élève plus doué pour les questions philosophiques que pour celles concernant le travail des abeilles.

Leur amitié sera scellée «dès la première question» du jeune Roger, qui s’interroge sur la possibilité que l’amour puisse durer, alors que la vie est un « tourbillon de changements» et que les goûts changent au gré des saisons ou des modes.

«Et là, la conversation commence» entre le «vieux sage» et le futur disciple, expose l’auteur. 

« L’amour, c’est le miel de la vie. Pour comprendre l’amour, il faut avoir envie de le chercher dans la profondeur des événements, comme on va chercher le miel au coeur du bourdonnement de l’activité de la ruche. Il faut ouvrir le couvercle et oser pénétrer à l’intérieur» de la même façon qu’on doit creuser sous la surface pour «affiner notre compréhension» du monde et de tout ce qui nous entoure, ajoute Roger Bouchard en résumant la réponse du vieux Matthews.

«L’apiculteur va donc livrer sa sagesse, et enseigner au jeune homme la méditation». Plus précisément la méditation «profonde», terme générique utilisé par l’auteur pour ne pas la qualifier de «transcendentale», car la méditation est caractérisée par de nombreux courants et écoles de pensées, précise Roger Bouchard.

«Plus le livre avance, et plus les questions vont être profondes; et plus les réponses vont être — à mon avis — intéressantes», sourit l’auteur. 

En prenant soin d’ajouter: «Ce sont des vérités simples, pas de la haute philosophie».  

Loin de l’essai universitaire savant, «le livre s’adresse à toute personne qui cherche le beau et le vrai, plutôt que l’artificiel». 

Les grandes vérités, tout comme «les choses les plus belles, sont souvent les plus simples» ajoute Roger Bouchard, qui a situé son roman «dans un endroit calme», un petit village des Blue Ridge Mountains «où il ne se passe pas grand-chose», où les gens vivent lentement».

«Mme Alma [la propriétaire du domaine] est contemplative: elle s’arrête pour toucher les feuilles des arbres.  Et l’apiculteur non plus, il ne va pas très vite. [ils vivent] à un rythme différent de celui des grandes villes.» 

Le bruit des villes-ruches

La recherche de sens, le chemin vers le bonheur ou le bien-être, est une «quête urgente», impérative. «Il faut retrouver le chemin vers notre essence d’être. ‘Connais-toi toi-même’», lance-t-il en évoquant le conseil socratique fondamental.

Mais, pour l’auteur à la retraite, le bourdonnement urbain, la frénésie des villes-ruches, pousse à «chercher des réponses aux mauvais endroits», aveuglés que nous sommes par nos «peurs, les mondanités, l’excitation ou l’ambition».

«On cherche tout en restant confiné dans notre ignorance. La société nous offre différents mirages – [à commencer par] la religion – et chacun marche en direction de ce mirage en tendant une tasse, et en espérant que le mirage va la remplir d’eau. [...] Les divertissements populaires ne sont pas ceux qui nous rendent heureux! Alors que prendre une marche dehors, c’est une pilule qui guérit bien des mots.» 

Marcher dans la nature

Pour lui, méditer est le meilleur outil pour «s’apercevoir que nos rêves sont des mirages.» 

La marche en solitaire, «sans destination précise» et «si possible entouré de verdure», est d’ailleurs selon lui le premier pas de ce chemin vers l’intériorité, qui est au coeur de la méditation. 

La pratique méditative n’est certainement pas le seul ni même le meilleur chemin, convient le septuagénaire, qui ne s’érige pas en gourou, et évite soigneusement tout dogmatisme. «Chacun progresse à sa manière, que ce soit en suivant une démarche intellectuelle, religieuse ou philosophique, ou encore en cherchant à avancer dans la sécurité de la pensée scientifique et rationnelle, ou encore via la pensée artistique, beaucoup plus libre.» 

«Tant et aussi longtemps qu’on n’a pas trouvé cette voix qui nous guide vers cette quête intime, on a tendance à chercher autour de soi, alors que la route du bonheur est intérieure, intime, subtile, silencieuse même; ce n’est pas tellement une démarche analytique intellectualisée.».